dimanche 17 février 2013

Point de vue _ 3ème partie

Proposition du jour: troisième volet
Troisième point de vue. Point de vue de celui dont on parle dans les deux premiers textes (le "il" donc). Il arrive, il raconte sa propre version des faits, sa propre vérité. C'est-à-dire qu'il nous dit qui il est, ce qui est vrai. Version qui peut-être totalement différente de celles des deux autres. C'est peut-être celui qui va déterminer le coeur du récit, c'est-à-dire ce qui palpite, ce qui irradie de l'ensemble du texte et dire ce que le texte a à dire. Penser: réseau sémantique, "couleur" des mots. Se représenter comment il bouge, comment il est, comment il voit le monde. Point de vue qui s'inscrit dans une temporalité. Soit il prend la parole dans le même temps que les deux premiers narrateurs, soit il le fait dans une toute autre temporalité.

"- Voilà. J'y suis. A bien des moments dans ma vie j'ai failli atteindre ce but, mais c'est aujourd'hui que finalement j'y arrive. Bien involontairement. Enfin, j'ai quand même un peu provoqué le destin. Comme à chaque fois. Sinon rien ne se serait passé. Jamais. Tout a une fin, moi y compris. Alors je devais bien prendre les devants, l'initiative sur tout. Provoquer la vie sans cesse. Pas d'ordinaire. Jamais. Pas de routine. La vie de famille: très peu pour moi. Le mariage, le gosse,... Je les ai faits mais, finalement, juste pour le faire. Histoire de dire que je connaissais, que je pouvais le rayer de la liste. Au final, ça c'est bien avéré être une erreur. Je m'en serais bien passé. Ça ne m'a rien apporté. Ca m'a juste compliqué la vie...sans plaisir...sans adrénaline. Je suis peut-être un salop. Mais pourquoi ? Pourquoi n'aurais-je pas le droit de réfuter ce choix que j'avais fait quelques années plus tôt. C'était une erreur. C'était pas mon truc. Et alors ? Je n'ai rien fait pour les faire souffrir. Au contraire. Quand j' repense à ma vie, les moments les plus durs ne sont pas liés à mes petits trafics et aux cassages de gueules qui les accompagnaient, ni à mes tentatives irraisonnées de pousser mes limites à l'extrême, ni même la fuite et la solitude. Les moments de souffrances sont liés à ma femme et à ma fille. J'étais prisonnier. Pourtant elles ne faisaient rien pour. Elles m'aimaient. J'étais prisonnier de cet amour que je ne savais pas rendre... Plusieurs fois j'ai failli ne pas rentrer. Dans les Cévennes. La pluie c'est mise à glisser sur moi. Je me suis vu fondre, disparaître. Une telle occasion ne se représenterait peut-être plus jamais. Mais j'sais pas pourquoi, pour la première fois j'me suis dégonflé. J'ai pas pu. Et je suis rentré, comme si de rien n'était. Elles étaient si heureuse de me revoir. Ça m'a fait quelque chose. Comment pouvaient-elles être si attachées à moi ? Et moi si détaché d'elles ? Et comment ne pouvaient-elles pas voir ?
Je faisais tout pour m'échapper et toujours elles me soutenaient. Et puis un jour, avec le Breton, on a eu l'idée d'un gros coup. J'ai dit qu'on allait faire un trek au Pérou. Mais en fait j'allais disparaître de la surface de la Terre. Personne ne savait mis à part lui. Et le matin du 8 juillet 1982, après une chute vertigineuse ne laissant que peu d'espoir sur mon sort, mon corps à disparu dans les profondeurs neigeuses pour renaître. Ma dépouille n'a jamais été retrouvée. Seul mon bonnet attesta de ma présence. Ma vie a été longue. J'ai été heureux, insouciant, libre. J'ai consommé mon existence jusqu'à la dernière miette, jusqu'à l'écoeurement. Jusqu'à cet après-midi je ne regrettais rien.
Quand je l'ai vu entrer dans le bar de l’hôtel, je l'ai reconnue tout de suite. Comme moi, elle avait vieilli, mais elle était la même. Son regard a fureté, détaillé et m'a déniché. J'ai compris alors que, malgré toutes mes "précautions", je l'avais détruite. En croyant les sauver de moi je les avais faites souffrir comme jamais je ne l'avais fait en fuyant près d'elles. Et c'est avec surprise que j'ai réalisé, quand la balle m'a atteint, que c'est elle, la compagne que j'avais niée, qui allait me donner la plus grande décharge d'adrénaline de ma vie, la chance de vivre l'exceptionnel.
Voilà. J'y suis. Je touche au but ultime de mon existence. Et encore une fois je sens que je vais me dégonfler. A présent je meurs. Pour la première fois je comprends qui je suis. Je ne suis pas un super-héros. Je suis un homme...je suis un homme qui, toute sa vie, aura eu peur."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire