dimanche 17 février 2013

Point de vue _ 2ème partie

Proposition du jour: suite proposition précédente.
Un deuxième point de vue. Cette fois-ci, point de vue du "tu", toujours à propos de la 3ème personne. Il donne sa propre version des choses, apporte des compléments et dit, peut-être, des choses que "je" (l'ancien) ne connaît pas. Autre voix, autre sémantique, autre "monde intérieur". Autre façon de s'exprimer. Mots à lui. Peut-être pas du tout même représentation du "il". On peut faire un dialogue avec réponses point par point au premier texte (ou pas). Cela peut également être un monologue intérieur (pendant que l'autre parle, par exemple).

"- C'est amusant. Je me souviens de tout ce que tu me racontes, mais c'est plus ou moins précis dans mon esprit. Pour moi, c'est comme s'il n'y avait eu qu'un seul grand moment, une seule période. Le camping, le Pérou, le deltaplane... Pour moi tout est mêlé. C'est l'époque avec lui. Après tout, pour moi c'est la seule époque. Toi tu as eu d'autres moments, avant, seule avec lui. Et même si maintenant tu n'en gardes qu'un souvenir heureux, je réalise que ça n'a sûrement pas été toujours facile pour toi. Mais pour moi, les choses étaient très différentes. Je n'avais pas peur pour lui. Je pensais qu'il était un super-héros.  Peut-être que c'est le cas de tous les enfants. Ils voient leur père comme un héros. Mais pour moi ça n'était pas ça. Je savais juste qu'il était réellement un super-héros. Il faisait tout ces trucs un peu dingue, il n'avait peur de rien, il était toujours parti... et surtout il ne faisait pas de choses ordinaires.  Tiens regarde, une des rares choses qu'il a voulu faire comme tout le monde s'est retaper la maison. Et le mur derrière le garage a toujours un énorme trou. Mais c'est normal... Il n'avait pas le temps. Batman aussi doit tout laisser tomber quand il doit aller combattre le crime.
Moi, ça ne m'a jamais dérangé qu'il ne soit pas toujours là. Je savais que c'était parce qu'il avait du pain sur la planche. Il venait d'enfiler ses collants rouges, son pull bleu marine et se battait quelque part, sûrement contre l'effroyable professeur Fritz son redoutable ennemi de toujours.
Je savais que je ne devais pas me comporter comme une égoïste. Le monde avait besoin de lui...je faisais partie du monde...donc papa était avec moi.
Tu sais, quand je lui ai tricoté ce “superbe” bonnet en laine c'était en pensant améliorer sa tenue de justicier. Je voulais qu'il ait quelque chose d'original, qui le différencie de tous les autres super-héros. Et puis je ne voulais pas qu'il attrape froid pendant un de ses vols de nuit...
Parfois, quand j'étais couchée et qu'il n'étais pas encore rentré, j'imaginais qu'il survolait notre maison où qu'il était assis sur le toit à l'écoute des rumeurs de la nuit..mais quand même, là, près de nous. J'attendais qu'il vienne m'embrasser pour lui demander comment ça s'était passé. Bien sûr, je comprenais que tout ça devait rester secret et qu’il ne pouvait pas me dire quels exploits il avait vraiment accomplis. Mais je décodais à travers ses allusions à ses prouesses sportives. Je me savais privilégiée. Je partageais son secret, il le savait, mais nous continuions à faire semblant.
Je me suis souvent demandée s'il travaillait seul. Et puis un jour, je ne sais pas si tu te souviens de ça, un de ses amis grimpeurs était passé à la maison. C'était le Breton je crois. Tout de suite j'ai su. C'était un "collègue de bureau" de papa. Il avait donc une équipe. La cordée devait être le nom qu'il lui donnait. Je me rappelle que j'étais allée fouiller dans la veste du Breton. Je ne sais pas... j'espérais trouver quelque chose, mais quoi? Un masque, un dématérialiseur, une photo de papa en collants... Peut-être juste une confirmation. Bien sûr, à part une pièce de deux francs, que je lui ai volée, ma quête avait été vaine. Pourtant cela n'avait fait que renforcer mes croyances sur papa et sur la vie parallèle qu'il menait.
Et quand il a disparu au Pérou, je ne me suis pas inquiétée. Encore moins quand on a retrouvé son bonnet. J'aurais voulu te dire: "Maman, arrête de pleurer. C'est rien. Il va rentrer. C'est juste un plan qu'il a mis en place pour contrer l'infâme Fritz. Le bonnet est un message pour nous dire que tout va bien". Mais j'étais tenue par le secret. Notre secret. Un jour, une fois sa mission finie, il réapparaîtrait, comme à chaque fois, le sourire aux lèvres et un petit cadeau pour moi. Je lui en voulais juste un peu de ne pas t'avoir mise au courant. Je trouvais ça un peu cruel. Mais pourtant, je comprenais qu'il n'avait pas eu le choix. La mission avant tout. Et, parce qu'il était un super-héros, je l'ai attendu...longtemps. Tu sais, le jour où j'ai vraiment compris que c'était fini c'est quand un copain à l'école m'a prêté une BD qui était à son frère. C'était une histoire de Superman. Dans cet épisode là, Superman se faisait tuer. Tous les autres héros pleuraient. Personne ne trouvait ça absurde ou même impossible. Et tout d’un coup j'ai compris. Un super-héros a des super-pouvoirs, de grandes capacités. Mais un super-héros n'est en aucun cas immortel. Cette époque ça a coïncidé avec la perte de Ringo. Je te disais que j'étais triste parce qu'on ne le retrouvait pas. Maintenant je peux te le dire: c'est moi qui l'avais laissé volontairement s'échapper. Il me fallait un alibi pour pleurer la disparition de papa. Et tu sais, c’est ridicule mais, parfois il m'arrive encore d'essayer de croire à tout ça...la mission, les collants,les super-héros...et j'attends son retour."

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