Petit
exercice dans lequel il fallait "se mettre dans la position
d'être doué d'un don d'ubiquité qui permet d'être ici et ailleurs
dans des temporalités différentes".
La
demeure était silencieuse. J'approchais mon œil du mur bariolé et
je vis - tout.
Je
vis ma mère chercher désespérément à quitter la maison,
tournant, virant, virevoltant sur son corps déjà léché par les
flammes.
Je
vis l'homme, le premier, apposant sa main sur le roc froid de la
grotte et communiquant avec l'après.
Je
vis mon doigt déformé, cherchant la ligne des mots disparus depuis
longtemps.
Je
vis des mondes se faire et se défaire. Mais aucun survivre ou
échapper à son destin tragiquement prédestiné.
Je
le vis Lui. Il ne me parla pas, ne me dévoila rien, me laissa là,
dans l'angoissante ignorance.
Je
vis l'air pur flageller le visage conquérant d'Alexandre sur les
hauteurs de l'Hindu Kush.
Je
vis, ce même Alexandre, me lancer un regard d'effroi quand il
comprit que la grandeur n'égalait en rien l'éternité.
Je
vis le pas de chaque premier homme se poser sur des mondes inconnus
et je vis le dernier pas de l'humanité.
Je
vis le brocher manger le petit poisson.
Je
vis le sans-abri et passais devant lui.
Je
vis le sans-ami et me détournais de lui.
Je
vis ma déchéance.
Je
vis ma gloire.
Je
vis le froid, le chaud, le rouge, le vert.
Je
vis que je ne voyais rien.
Je
vis le bout de mon nez.
Je
vis l'enfant sur le manège prêt à conquérir le monde, prêt à
défier le terre entière.
Je
vis la lionne mourir pour ses petits et des lézards regarder.
Je
vis les draps soulevés par la brise appeler les amoureux et attendre
qu'ils rentrent au bercail.
Je
vis la prairie baiser les pieds de la montagne pendant que la neige
lui murmurait des mots d'amour.
Je
vis la montagne indécise.
Je
vis la montagne prendre et ne pas rendre.
Je
vis le bout du siphon et l'entrée du puits.
Je
vis ce que personne ne verra jamais.
Je
vis ce que je ne verrai jamais.
Je
vis l'arbre, le tronc, le trou et son secret.
Je
vis tous les secrets même les mieux gardés: les pyramides, Kennedy,
Grégory, Cook et compagnie.
Je
vis le fond des océans guidée par le bonnet du commandant.
Je vis l'obscurité hostile des grands fonds et sa vie cachée, dissimulée, heureusement oubliée.
Je vis l'obscurité hostile des grands fonds et sa vie cachée, dissimulée, heureusement oubliée.
Je
vis à quel point il est dur de vivre.
Je vis à quel point il est dur de mourir.
Je vis à quel point il est dur de mourir.
Je
vis Moïse qui se noyait.
Je vis l'arche qui dérivait.
Je vis l'arche qui dérivait.
Je
vis une boîte fermée.
Je
vis des mondes parallèles, perpendiculaires, confondus.
Je
vis l'atome.
Je
vis Albert qui me tirait la langue car je ne comprenais rien.
Je
vis Jean-Paul détournait le regard car je n'existais pas.
Je
vis les boules à facettes.
Je
vis le néant.
Je
vis l'éternité et son contraire
Je
vis la fin des temps.
Je
vis un trou noir.
Je
vis que voir ne suffisait pas.
Je
vis la vie.
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