mercredi 5 mai 2010

Trajet

Décrire, donner à voir, un trajet dans une ville, dans une rue,... pendant lequel il se passe quelque chose d'insolite dont le narrateur extérieur est témoin (mais pas partie prenante)

Louison suivait consciencieusement les courbes du rempart. Un pied devant l'autre et puis c'est tout. Elle boitillait légèrement. Le froid, particulièrement piquant en cette soirée d'automne, avait fini d'achever ses pieds meurtris par le mauvais cuir de ses chaussures.
De petits cailloux cruels s'amusaient à rouler sous ses pas d'automate. Certains, étourdis par leur valse endiablée, se jetaient du haut du rempart et allaient s'écraser quelques mètres plus bas, sur le sol pelé.
Louison était fatiguée. La journée touchait à sa fin et ce n'était sûrement pas pour lui déplaire. 
L'obscurité de la nuit avait, petit à petit, effacé le chemin devant elle. Dans la vallée, la ville commençait sa seconde vie, sa vie privée, sa vie colorée et brillante.

Louison s'engouffra sous l'arche du pont-levis, négociant un court instant son autorisation d'entrée avec le vent. En passant devant la pâtisserie elle ralentit le pas, hésitant devant les couleurs rassurantes des gâteaux gentiment alignés pour le passage en revue. Dix-neuf heure sonna au clocher. Louison ne stoppa pas sa descente et se laissa emporter par ses pas vacillants. Le belvédère était en vue. Le belvédère était là. Elle s'appuya sur la rambarde rocheuse, serra son manteau contre sa frêle carcasse et se laissa bercer par le brouhaha presque imperceptible qui s'élevait de la ville en contrebas. 
Une lumière déchira le ciel noir de la nuit. Une étoile filante. Louison suivit sa course du regard. Un flash éblouissant inonda le monde quand l'étoile arriva à destination quelque part. Louison, surprise, se cacha derrière sa manche. Le temps se suspendit, les sensations disparurent. Les couleurs de la ville s'effacèrent. Un instant, le monde fut en négatif. Un film en noir et blanc, sans parole. Puis le son fit son apparition. Quelqu'un l'interpellait. Avait-elle vue? Le Technicolor de la ville reprit sa place.
Louison regarda autour d'elle ne sachant que penser. Devait-elle avoir peur? Le clocher sonna la demie. Rassurée, Louison reprit sa route.

dimanche 21 mars 2010

Je vis...


Petit exercice dans lequel il fallait "se mettre dans la position d'être doué d'un don d'ubiquité qui permet d'être ici et ailleurs dans des temporalités différentes".

La demeure était silencieuse. J'approchais mon œil du mur bariolé et je vis - tout.
Je vis ma mère chercher désespérément à quitter la maison, tournant, virant, virevoltant sur son corps déjà léché par les flammes.
Je vis l'homme, le premier, apposant sa main sur le roc froid de la grotte et communiquant avec l'après.
Je vis mon doigt déformé, cherchant la ligne des mots disparus depuis longtemps.
Je vis des mondes se faire et se défaire. Mais aucun survivre ou échapper à son destin tragiquement prédestiné.
Je le vis Lui. Il ne me parla pas, ne me dévoila rien, me laissa là, dans l'angoissante ignorance.
Je vis l'air pur flageller le visage conquérant d'Alexandre sur les hauteurs de l'Hindu Kush.
Je vis, ce même Alexandre, me lancer un regard d'effroi quand il comprit que la grandeur n'égalait en rien l'éternité.
Je vis le pas de chaque premier homme se poser sur des mondes inconnus et je vis le dernier pas de l'humanité.
Je vis le brocher manger le petit poisson.
Je vis le sans-abri et passais devant lui.
Je vis le sans-ami et me détournais de lui.
Je vis ma déchéance.
Je vis ma gloire.
Je vis le froid, le chaud, le rouge, le vert.
Je vis que je ne voyais rien.
Je vis le bout de mon nez.
Je vis l'enfant sur le manège prêt à conquérir le monde, prêt à défier le terre entière.
Je vis la lionne mourir pour ses petits et des lézards regarder.
Je vis les draps soulevés par la brise appeler les amoureux et attendre qu'ils rentrent au bercail.
Je vis la prairie baiser les pieds de la montagne pendant que la neige lui murmurait des mots d'amour.
Je vis la montagne indécise.
Je vis la montagne prendre et ne pas rendre.
Je vis le bout du siphon et l'entrée du puits.
Je vis ce que personne ne verra jamais.
Je vis ce que je ne verrai jamais.
Je vis l'arbre, le tronc, le trou et son secret.
Je vis tous les secrets même les mieux gardés: les pyramides, Kennedy, Grégory, Cook et compagnie.
Je vis le fond des océans guidée par le bonnet du commandant.
Je vis l'obscurité hostile des grands fonds et sa vie cachée, dissimulée, heureusement oubliée.
Je vis à quel point il est dur de vivre.
Je vis à quel point il est dur de mourir.
Je vis Moïse qui se noyait.
Je vis l'arche qui dérivait.
Je vis une boîte fermée.
Je vis des mondes parallèles, perpendiculaires, confondus.
Je vis l'atome.
Je vis Albert qui me tirait la langue car je ne comprenais rien.
Je vis Jean-Paul détournait le regard car je n'existais pas.
Je vis les boules à facettes.
Je vis le néant.
Je vis l'éternité et son contraire
Je vis la fin des temps.
Je vis un trou noir.
Je vis que voir ne suffisait pas.
Je vis la vie.

Adolphe Lee

Travail sur la force des noms propres car les noms propres ont une grande importance dans la vie.


Adolphe Lee est né à Honk-Kong. La date de sa naissance reste inconnue à ce jour. Demi-frère de Bruce, il ne connu pas le même destin glorieux. Ce qui fut peut-être une chance pour lui qui vécu jusqu'à un âge avancé (106 ans selon certaines sources).
Sa mère, une alsacienne partie s'exiler dans l'exotique Asie, fuyait un destin tragique. Suite à une maladresse elle avait mit le feu à l'église du village un soir de messe de Noël. Hélas pour elle, la moitié du hameau périt dans l'incendie et elle préfèra quitter le pays plutôt que d'affonter ses responsabilités.
Sa rencontre avec monsieur Lee, père d'Adolphe, se fit dans d'assez vagues circonstances. Toujours est-il qu'il s'en suivit, neuf mois plus tard, la naissance du petit Lee.

Adolphe Lee était un enfant joyeux mais quelque peu turbulent. Son caractère s'assombrit irrémédiablement quand à la mort de sa mère, alors qu'il n'avait que quatre ans, il dut rejoindre la demeure paternelle. Jusque là Adolphe n'avait connu qu'une douce présence féminine et n'imaginait pas l'existence d'une autre famille, qui plus est chinoise. En effet bien que vivant à Honk-Kong, Adolphe n'avait jamais été confronté à la culture asiatique. Il avait reçu une éducation occidentale et sa mère, qui ne s'était pas adaptée à ce nouveau pays, interdisait toutes sorties et avait recréé l'intérieur d'une maison typiquement alsacienne allant même jusqu'à obstruer les fenêtre avec des posters représentant la campagne française. Le choc pour l'enfant fut, comme on peut l'imaginer, brutal. Mais ce qui perturba le plus le petit Adolphe, fut sa rencontre avec un frère, Bruce, de deux ans son aîné. 
Très vite, Adolphe et Bruce, devinrent les pires ennemis. Adolphe était le souffre douleur de la famille. Et en particulier de son frère. Adolphe ne semblait être doué en rien. Or, tout petit déjà, l'aptitude de Bruce pour les arts martiaux était une évidence. Il s'entraînait beaucoup et souvent sur son cadet.

La jalousie d'Adolphe ne faisait que croître. Sa position de bâtard, ses origines françaises et son incapacités à comprendre ce qu'était des kata, faisaient de lui la risée de la famille et la honte de son père qui le délaissait. Pendant ce temps, Bruce devenait une star montante du cinéma et auréolait sa famille de gloire et de succès.


Adolphe trouva cependant sa voie en devenant l'assistant d'un jardinier. Son seul réconfort il le trouva auprès des plantes et des fleurs. Des années plus tard, sur son lit de mort, il avoua que se sont elles qui lui avaient ordonné de se débarrasser une bonne fois pour toute de ce gêneur de Bruce. Et il se souvenait, avec nostalgie, avoir trouvé ses meilleures alliées dans le jardin même de son père. Se furent les digitales, semées la saison  précédentes, qui lui permirent de préparer le mélange qui causa la crise cardiaque de la star hongkongaise. Le seul regret d'Adolphe fut, et restera, de ne jamais avoir été découvert. Car, tout au long de son amère existence, il essaya, en vain, de faire éclater la vérité. Bruce Lee n'était pas mort de mort naturelle. C'était bien lui, Adolphe, qui l'avait exécuté. Mais son crime était visiblement trop parfait car personne, à aucun moment, ne le cru. Il ne fut qu'un hurluberlu de plus, placé juste derrière les convaincus que Bruce et Elvis coulent des jours heureux dans leur demeure d'Adis Abeba. Et l'heure de gloire, qu'espéra un instant connaître Adolphe, ne sonna finalement pas.

Aujourd'hui encore la question reste entière. Qui était vraiment Adolphe Lee? Personne ne le saura sans doute jamais. Il restera dans l'histoire comme un "rien" avide de reconnaissance, un fils illégitime incapable de s'adapter à la culture dans laquelle il vivait et n'arrivant pas à la cheville d'un demi-frère élevé au rang d'idole.
"Si j'avais su, dit un jour Adolphe Lee à son poissonnier, j'aurais tué John Lennon. Son assassin à lui au moins il est célèbre".


Peu de temps avant de s'éteindre, Adolphe Lee eu comme une illumination. Se remémorant différents moments de sa vie, il réalisa soudain la gêne qu'éprouvaient immanquablement les gens en sa présence. Et il cru enfin voir la raison de sa malchance dans son accession à la reconnaissance, à la renommée. Tout venait de son prénom. Quels Adolphe célèbres pouvait-on citer, mis à part le triste sir universellement connu? Aucun. Tandis que des Bruce célèbre il y en avait des tas: Bruce Lee, Bruce Springsteen, Bruce Wayne, Bruce Willis, et j'en passe.
Et Adolphe Lee pu s'éteindre paisiblement. Au fond, il n'y était pour rien. Tout était la faute de sa mère et du fichu prénom qu'elle lui avait donné. 

mardi 26 janvier 2010

Quelle porte ?

Petit exercice sur le thème de la porte.

" On lui avait dit: "Rendez-vous devant la porte à 15 heure précise! Vous ne pouvez pas la manquer, elle est en bas de l'immeuble ".
Prévoyant, car ne connaissant pas le quartier, il était venu en avance. Mais une fois sur place il pensa qu'il aurait du venir plus tôt encore. Car partout où son regard se posait il se cognait à une porte fermée. Il se dit qu'il avait été idiot et que, par précaution, il aurait du demander des précisions. Il est bien vrai que, quand on y réfléchit, des portes il en existe de toutes sortes. Ca il en connaît un rayon, son beau-frère étant un "
portofil" des plus assidu. D'ailleurs si ce dernier avait été là il aurait constaté avec beaucoup de tristesse que toutes ces portes étaient identiques. De grandes baies vitrées d'une transparence aveuglante percées à environ 80 cm du sol par un orifice carré lui-même obstrué par une plaque métallique battant de haut en bas. Ce genre de porte, très à la mode, n'était, il faut l'avouer, pas très pratique: l'accès, peu aisé, obligeait à se baisser et à avancer sur les genoux ce qui salissait le pantalon des messieurs et blessait les genoux des dames. Mais la mode étant la mode...
Ne sachant devant quelle porte attendre il choisit la numéro 5, son chiffre porte-bonheur. Anxieux, il patienta jusqu'à 15h. Lorsque sa montre-bracelet bipa l'heure pile une plaque d'égout sur sa droite se souleva. Un grand homme maigre s'en extirpa. "Monsieur Plomb! Vous êtes ponctuel, nous aimons ça." Et repartant d'où il était venu..."Veuillez me suivre à l'intérieur et fermer la porte derrière vous s'il vous plaît." "